Organisation et financement du chantier des quais de Toulouse, 1764-1789


Les quais situés entre le pont neuf et le Bazacle sur la rive gauche de la Garonne à Toulouse constituent un ensemble caractéristique des aménagements entrepris dans la ville dans le courant du XVIIIe siècle. Les aspects de la mise en place, l'organisation et le financement de ce chantier n'avaient jamais été étudiés en détail, pourtant autant les archives municipales que les archives départementales conservent un grand nombre de documents qui permettent de suivre les travaux et les discussions qu'ils provoquèrent. Je vous propose donc une étude de ce chantier à travers des sources inédites.

Le projet: les délibération des Etats de Languedoc

Pour comprendre les émotions suscitées par ce projet, il faut connaître les motifs et les circonstances de la création de cette composition. La décision des Etats de Languedoc, en 1762, de stabiliser le Pont Neuf, accéléra le débat sur l'éventuelle construction d'un quai entre le Pont Neuf et le Vieux Pont. Les crues du fleuve rendaient depuis longtemps dangereuse la vie sur les bords de la rivière, ainsi un aménagement, pour compléter l'ensemble du Pont Neuf, fut envisagé dès le XVIIe siècle. Les érudits des lumières, soulignent le besoin de promenades améliorant les possibilités de loisirs des citadins, ainsi que la nécessité d'équiper la rivière de ports de commerce qui permettraient l'essor du négoce. Rappelons la présence des quais dans les projets de Garipuy et de Mondran[2].
 
Après une vérification du pont Neuf lors de laquelle il fut constaté que les ouvrages envisagés n'étaient pas suffisants, les Etats délibérèrent le 23 février 1764 qu'on ménagera un quai de six toises de largeur sous la terrasse de la Daurade et que pour défendre les Bords de la Rivière entre les deux ponts. Il sera construit lelong du nouveau bord un mur de quay d'une hauteur proportionnée à celles des rues voisines, aménageant les ouvertures et voûtes nécessaires pour donner aux bâtiments voisins les jours et les communications avec la Rivière dont ils ont besoin[3] . Dans deux mémoires de cette délibération, adressés aux archevêques de Toulouse et de Narbonne, demandant leur protection pour ces travaux, l'auteur souligne l'importance de la conservation du pont mais précise que l'utilité et le coût des promenades devaient être discutée. L'auteur précise en outre que le plan et le devis n'avaient pas encore été dressés. Le 2 mai de la même année, Joseph-Marie de Saget présenta au conseil des bourgeois un projet pour la conservation du pont [4]. Il précisa à cette occasion que le fait de stabiliser le pont n'exigeait pas de laisser un espace de six toises de large sous la terrasse de la Daurade pour y former un quai et que le mur de soutien ne devait pas nécessairement être de hauteur égale aux rues voisines, mais souligna toutefois qu'un mur qu'on eleveroit à la hauteur projetée et dans l'unique objet de faire un quai ou promenade seroit autant plus préjudiciable qu'il ne reviendroit de l'énorme dépense qu'il y avait à faire à ce sujet un agreement [...] pour le public[5]; suppliant enfin les archevêques de bien vouloir protéger les intérêts de la ville.
 
Dès 1766, le frein principal à l'accélération des travaux était les difficultés du transport des matériaux, ils s'étaient fait jusqu'à ce moment dans des conditions malcommodes mais l'élévation du mur allaient les rendre impossibles. Ainsi  il fut décidé de démolir une maison (faisant face à une rue arrivant de la rue des Peyrolières) afin d'y créer un passage public avec un local entreposer les matériaux à l'abri des inondations.
Lors des Etats de Languedoc du 16 décembre 1766, le syndic général, Lafage, présenta des mémoires dans lesquels la chambre de commerce argumenta pour l'aménagement des quais, ainsi que la construction d'un port dans le bassin de la Garonne et d'un canal pour communiquer de ce port à la partie inférieure de la Rivière. L'assemblée délibéra sur la réalisation du projet arguant que l'exécution de cet ouvrage, est le voeu des habitants de la Ville de Toulouse[6].   

En 1767, Saget présenta les plans pour l'établissement d'un port dans le bassin de la Garonne avec deux atterrissements: l'un à la place de la Daurade, l'autre près de Saint Pierre, le port Bidou. Pour pouvoir communiquer entre la partie inférieure et supérieure de la rivière, il proposa la construction d'une écluse au dessus du moulin du château et l'ouverture d'un canal de 800 toises de longueur dans le fossé du rempart ainsi que la construction d'un aqueduc jusqu'au dessous du moulin du Bazacle (pour évacuer les sables qui pouvant gêner la machinerie de l'écluse). Le 8 février de la même année, Mondran présenta à l'Assemblée de l'Académie un mémoire démontrant l'avantage que l'on aurait de rendre navigable la rivière et de construire un nouveau canal[7].

L'enregistrement des lettres patentes du 25 juin 1768, permettait enfin l'exécution de cet ensemble. Un long mémoire anonyme et sans date, adressé aux capitouls, critique toutefois sévèrement le projet présenté sous la fausse utilité publique [...] utile peut être pour les directeurs, mais ruineux pour la province[8]. Ce texte semble avoir été rédigé par une personne avec une bonne connaissance de ce que prévoyait la Province, car les chiffres donnés sont exacts. L'auteur s'oppose à l'intervention arguant qu'elle n'améliorera pas le commerce puisque la Garonne n'était pas navigable, le canal Royal ne l'était que deux mois par an et la ville n'avait que peu de marchandises d'exportation. L'auteur souligne le coût d'unel'intervention, n'ayant de l'intérêt que pour quelques personnes bien placées. Plus de soixante maisons devaient être achetées et démolies, ce qui n'est pas seulement inutile il est aussi nuisible aux riverains [...] ce[ux] qu'on appelle à Toulouse Blanchers, ou tanneurs et corroyeurs, mettiers qui ne peuvent se passer de l'usage libre et continuel des eaux de la Rivière. Ainsi l'auteur de ce texte fut l'un des rares à se demander où et comment ces gens allaient vivre par la suite. La Chambre de Commerce, oeuvrant pour le projet, n'ignora point le mémoire car elle fit imprimer des Observations de la Chambre de commerce de la ville de Toulouse sur une lettre anonyme écrite à Messieurs les Capitouls de la même ville [9].

Dès 1770 le coût des ouvrages dépassaient largement les fonds accordés par l'imposition de 36.000 livres par an. Malgré cela les Etats voulurent accélérer les travaux du port de la Daurade sans laquelle tout ce qu'on a fait pour faciliter l'entrée des barques dans le Bassin de la Garonne entre les deux moulins du Bazacle et du Château deviendroit inutile pour la ville de Toulouse[10]. Ainsi il fut décidé de faire une demande auprès du Roi afin d'obtenir un prêt; ce qui fut accordé en mars de l'année suivante. A ce moment la priorité fut donné à la construction d'un abord pour les barques, au dessous du mur du quai, ouvrage pour lequel Saget apporta les plans et devis à la session des états parlementaires du 7 décembre 1772. Il obtint ensuite la mission de donner les alignements et les décorations des façades à ceux qui voulaient s'y conformer.

En février 1776, les commissaires des travaux publics furent chargés de définir les ouvrages d'une nécessité absolue. Ils constatèrent que pour pouvoir tirer profit du nouveau canal il fallait commencer le prolongement des murs du quai de la Daurade jusqu'au Bazacle, et concentrer l'intervention sur la partie située entre le canal et le port du Bidou. Il fallait également ouvrir le quai de la Daurade vers le pont. Les fonds furent cependant à nouveau insuffisants, ainsi la demande d'un deuxième prêt pour fournir au paiement des maisons nécessaires à la construction du Quai de Toulouse fut présentée au Roi et accepté en mars 1777[11].

En 1782, fut rapporté à l'assemblé des Etats que les fondations des maisons qui devaient longer les quais avaient été construites dans toutes les parties où les entrepreneurs avaient pu disposer du sol. Une partie des murs était à ce moment élevé jusqu'au dessus du cordon du rez de chaussée. Les causes du ralentissement des travaux étaient de différentes natures. A partir de 1777 les fonds dévolus à la construction des quais incluaient également d'autres travaux publics dans la ville, les inondations de la Garonne des emportaient régulièrement divers ouvrages et pour la construction des façades la province était confronté aux problèmes d'expropriations.

Financement et frais des quais 1764-1789

Sous l’Ancien Régime il n’y avait pas de budget propre aux travaux publics. Le pouvoir royal préférait laisser ces dépenses aux institutions locales, ce qui les obligeait à renouveler et à accroître de façon sensible les impositions locales. En matière d’ouvrages à réaliser, il n’y avait pas davantage de programmation financière liée à un plan d’ensemble des équipements. C’était aux intendants que revenait l’initiative de faire étudier les projets et de proposer les moyens de leur réalisation. Ainsi l’initiative des grands travaux à Bordeaux et à Nantes venaient des intendants ou gouverneurs de ces provinces. Pour Toulouse la situation était sensiblement différente car l’intendant de Languedoc résidait à Montpellier. Il fallait ainsi un protecteur "local" pour soutenir le projet, quelqu’un avec du pouvoir dans les assemblées des Etats et ayant un certain poids auprès des Capitouls. L’archevêque de la ville, Lomenie de Brienne, devint ainsi l’organisateur des travaux publics de son diocèse pendant 25 ans[12]. Malgré son soutien, le souci d’économie et d’utilité ne pouvait permettre à cette architecture de s’épanouir avec la même majesté à Toulouse que dans les quais de Bordeaux. En effet, le financement des constructions devait ici être amorti par le produit de la vente des terrains acquis (ce que l’intendant de Bordeaux avait proposé dans le premier projet de 1728), ainsi que par l'usage de matériaux de remploi provenants des démolitions. Ainsi afin de rentabiliser les constructions le projet fut modifié à maintes reprises .
 
Avant d'étudier plus en détail le financement des quais, rappelons que le projet de Garipuy avait été refusé quinze ans auparavant, car jugé trop cher avec un coût total de 2.112.000 livres, dont 150.000 pour un quai et un port entre la rue des Blanchers et le port de Bidou [13]! La politique ou les intérêts de la Province avaient-ils  changé au début des années 1760 ? Pas vraiment car l’initiative du projet n'émanait pas de la municipalité, mais de quelques hommes illustres jouissant d'une certaine influence aux Etats, et ayant l’espoir que Toulouse ait un avenir comparable à celui de Bordeaux[15]. Les Capitouls étaient en effet fortement opposés à la décision du Parlement, ce dont témoigne une lettre adressée à l’intendant de Languedoc dans laquelle Fourveille (écrite à Paris en mars 1765) explique que les capitouls craignoient d’être obligés de fournir un fond annuel de 20.000 livres sur les revenus de leur octrois tant que dureroit les ouvrages[14]. Les fonds destinés aux quais étaient de trois sortes: premièrement la ville se voyait obligée, dès le début des travaux, de fournir une somme annuelle. Et leurs craintes semblent justifiées, car cette « subvention » fut la plus régulière et la plus importante tout au long des travaux: dès 1764 les fonds destinés aux ouvrages des quais montaient à 120.000 livres par an, puis les impositions de la ville triplèrent en moins de quinze ans. Deuxièmement, le Roi accorda à deux reprises un prêt pour l’acquisition du terrain et une remise annuelle de 50.000 livres fut concédée sur la crue du sel à partir de 1777. Troisièmement, la compensation par la vente des démolitions apparaît faible, même si les économies réalisées par la réutilisation d’une grande partie de ces matériaux (restant difficile à estimer) furent importantes.

En ce qui concerne les dépenses, je ne peux que vous présenter un tableau incomplet car tous les toisés n’ont pas été conservés et les comptes apparaissant dans les procès verbaux offrent une précision variable. Ces derniers, d’où sont issus les chiffres, n’indiquent pas toujours un compte-rendu détaillé des frais mais la somme globale pour tous les ouvrages faits cette année; de plus, à partir de 1782, les fonds accordés par la ville n'était pas uniquement destinés aux quais, mais incluaient également les frais des travaux à Saint-Cyprien ainsi que celles de la construction d'une école de Chimie.
 
Les  estimations avancées par ceux qui s'opposaient au chantier sont certes exagérées, mais restent de loin plus réalistes que celles de la Province. Pour montrer le défaut d’estimations réalistes des coûts des travaux publics l’auteur d’un mémoire s'opposant à ce chantier le compare avec l’aménagement de l’Esplanade (qui, selon lui, avait été estimé à 150.000 livres mais dont le coût réel était de plus de 400.000). Il critique également l’abus de la part de l’administration économique de Languedoc: une fois l’entreprise délibéré, l’exécution est dans une indépendance qui n’avait point d’exemple dans les autres pays françois, et qui à titre de privilège seroit le malheur du Languedoc.

Sous l’Ancien Régime, l’expropriation pour cause d’utilité publique n’existait pas. Il fallait acquérir terrains et immeubles par des tractations de gré à gré avec chaque propriétaire; une procédure délicate, longue et coûteuse. La documentation conservée, traitant de l’acquisition des maisons qui ne suivaient pas le nouvel alignement, nous permet de mieux comprendre le contexte des achats des terrains nécessaires.
Certains propriétaires refusaient de vendre jugeant le prix trop bas, d’autres préférèrent vendre rapidement, car ils savaient que leur terrain allait rentrer dans le nouvel alignement. Des nombreuses oppositions entre la Province et les riverains furent provoquées par le fait que l’estimation des biens était réalisé par un seul expert nommé par la Province contre lequel les riverains ne pouvaient pas se défendre, ainsi il restait encore des maisons à acquérir à la veille de la Révolution. Pour la Province le problème majeur fut l'insuffisance des fonds et la lenteur des acquisitions faisaient monter les prix: telle une maison estimée à 5.000 livres en 1768 coûtait 800 livres de plus deux ans plus tard[16]. Ainsi les Etats décidèrent de solliciter un prêt du Roi, permettant ainsi d’acquérir ces maisons à mesure que les particuliers voulaient bien vendre. Mais les problèmes continuèrent sous une autre forme: lors des sessions parlementaires de 1772, Lafage expliqua que des particuliers avaient fait réparer et même reconstruire des maisons qui allaient être achetées et démolies. Il proposa ainsi d'accélerer les acquisitions ou d'accorder des indemnités aux propriétaires qui voudraient se conformer aux nouveaux alignements et ordonnances des façades.
Suite à la réclamation de cinq propriétaires, en novembre 1773, la vérification montra qu’il fallait augmenter la valeur de leurs biens. Ainsi, seize autres propriétaires demandèrent des nouvelles estimations, augmentant ainsi le coût d’un tiers: de 60 420  à 91 804 livres[17]. En 1776,  l’estimation des maisons qui restaient à acquérir se montait à 203 240 livres et les experts jugèrent que la somme ne pouvait pas dépasser les 300 000 livres[18].


LE PERSONNEL

            Tandis qu’on ne peut devenir maître maçon ou maître charpentier sans avoir fait quelque années d’apprentissage et donné des preuves d’habilité dans ces arts  mécaniques, l’architecte/.../ n’est assujetti à aucun apprentissage, à aucune épreuve; et l’on voit fréquemment des artisans qui seraient à peine des manoeuvres se décorer d’un titre qu’ont honoré les Vitruve et les Perrault[19]

   Nous cherchons le plus souvent à connaître l’architecte, l’homme qui a conçu l’oeuvre sur le papier, et nous avons souvent tendance à oublier les personnes qui ont exécuté les ouvrages. Nous allons maintenant voir, autant qu’il est possible d’après les documents conservés,  les différentes personnes et corps des métiers impliqués dans la réalisation des quais de Toulouse.
   En haut de la hiérarchie administrative se trouve toujours l’autorité du Roi qui accepte, ou refuse, la réalisation de tout projet public prenant place dans le Royaume. Sur le plan local, les Etats du Languedoc (présidés pendant la période de nos constructions par les archevêques de Toulouse et de Narbonne) déterminaient par délibération les travaux publics à entreprendre dans la province. L’intendant Saint- Priest,  représenté sur les lieux par un subdélégué, constitua en 1782  le lien entre ces deux pouvoirs. Les ouvrages étaient aussi sous le contrôle de l’un des quatre inspecteurs généraux qui parcouraient la France[20].

    L’exécution des taches, sur le chantier même, était dirigée par le directeur des travaux publics, les Saget, et le Syndic Général de la Province, De Lafage, auquel succéda en 1782 Puymaurin. C’est ce dernier qui donnait le compte rendu annuel à l’Assemblée des Etats mais, il avait aussi le devoir de porter des mémoires et des demandes à Paris. En son absence, c’est le syndic de la paroisse intéressée qui le représentait  dans les problèmes concernant les entrepreneurs ou touchant à l’acquisition des terrains.
   Les Commissaires des travaux publics, élus par le Parlement chaque année, avaient le pouvoir de représenter la province pendant une année, délibérant dans leurs assemblées. Ils passaient aussi les adjudications et signaient les ordonnances de paiement des entrepreneurs, quand cela n’était pas fait par l’archevêque, Lomenie de Brienne, en personne.

   Les ponts et chaussées du Languedoc étaient partagés entre le gouvernement, la province, les sénéchaussées et les diocèses, et disposèrent d'un personnel technique dès la seconde moitié du XVIIe siècle, bien avant les Etats. Ces derniers nommèrent un directeur des travaux publics, choisi parmi les savants et architectes de la Province. Il s’agit ici de Saget, plutôt ingénieur qu’architecte. Mais ce dernier, ayant le rôle «d’ingenieur-geomètre-architecte», ne conçut l’ouvrage que sur le papier pour ensuite confier l’exécution des aménagements à des entrepreneurs( maçons, charpentiers...) qui étaient tous des toulousains. Les ouvrages devaient être exécutés selon des devis définis et dans des délais précis. Ces hommes devaient avoir une certaine richesse car il fallait avancer une grande partie des frais pour les ouvrages, et la somme totale n’était remboursé, au plus tôt, un an et un jour après l’achèvement de l’ouvrage. Il s'agissait là de garantir la bonne exécution des travaux. Les baux précisent le plus souvent un prix global, mais, quand il s’agit des murs de face des maisons, ils sont parfois exprimés en toisé carré. L’entrepreneur est chargé de la démolition et du transport des matériaux non réutilisables vers un lieu précis. Il doit ensuite fournir les matériaux neufs, les outils et la main d’oeuvre
[21]. Ces entrepreneurs furent choisis selon une procédure d’adjudication qui se décomposa comme suit: un affichage en ville précisa le lieu, le jour et l’heure où les offres des entrepreneurs devaient être faites pour les ouvrages prévus et définis (une telle affiche a d’ailleurs été conservée qui concerne la réfection du quai de la Daurade[22]). Un ou plusieurs entrepreneurs se présentèrent devant le syndic ( ici Besaucèle, syndic du diocèse de Toulouse en l'absence du syndic général) et Lomenie de Brienne, au palais archiépiscopal. Et, après avoir pris connaissance du devis, ils firent  des offres pour les différents ouvrages: maçonnerie, pavage, charpenterie..., l’offre la moins élevée fut ensuite choisie. Les problèmes survenus entre la Province et Pierre Maury, entrepreneur du quai de la Daurade de 1765 à 1773, montrent que les baux n’étaient pas toujours respectés: cet entrepreneur n’avait pas encore achevé, en 1773, les ouvrages définis dans son bail. Une commission élue pour résoudre ce problème trouva ainsi convenable de faire résilier le bail tant pour permettre à l’abry des mauvais effets des nouvelles lenteurs de ces entrepreneurs que pour éviter les difficultés qui pourroient naître dans l’Exécution entre eux[23]. Dans les baux passés après cette date, il est précisé que l’ouvrage doit être remis au jour d’expiration du bail et que l’entrepreneur renonce à toute indemnité ou augmentation du prix. Si l’ouvrage n’avait pas été exécuté selon l’accord, il pouvait être suspendu par ordre des Etats pendant une année. Le bail ainsi dénoncé et résilié, la somme due à l’entrepreneur fut payé à la fin de l’année. Les document montrent que certains entrepreneurs employés pour les quais, Vital Milan et Bernard Castelbon, ont eu la responsabilité d’un grand nombre d’ouvrages dans cet aménagement. Ils comptent aussi parmi les experts d’estimation de différentes maisons. Ces entreprises semblent en quelque sorte, accaparer les chantiers publics, car ces noms se retrouvent aussi dans le cadre de l’aménagement de Saint-Cyprien[24]. La nature de certains travaux, par exemple l'arrachement des pilotis et bois qui gênaient le passage des eaux sous la première arche du pont, n’attiraient aucun entrepreneur. L’archevêque chargea donc Saget en personne de faire faire cet arrachement, sous les yeux de Maduron, inspecteur des ouvrages importants.

   Les travaux publics étaient un moyen pour occuper et ainsi nourrir les pauvres.  Ils étaient employés en tant que journaliers, selon les besoins des différents chantiers de la ville. En 1778, les commissaires des travaux demandèrent que soient  formées différentes équipes pour que les fonctions soient claires[25]. Mondran indique dans ses mémoires que les travaux du Boulingrin furent exécutes par des pauvres, contre du pain, à proportion de leur travail[26]. Dans la préface de son projet, il appuis sur le fait que les travaux feront travailler les divers artisans et marchands et amèneront ainsi une croissance de la caisse municipale par une augmentation des revenus taxés des habitants de la ville. Pierre Barthès, décrit la misère de la ville ainsi que le manque de travail, et dit que les Capitouls décidaient l’exécution des différents ouvrages publics pour embellir la ville mais aussi pour faire vivre une quantité prodigieuse des personnes de tout âge et de tout sexe et pour éviter un soulèvement qui n’aurait pas manqué d’arriver[27].. Le recrutement pour les travaux lourds, mais relativement simples, tels que le comblement des murs de soutien, se faisait grâce à des « crieurs », indiquant le lieu et l’heure où il fallait se présenter pour travailler. Aux archives municipales sont conservés des registres donnant les noms, les prestations et le paiement de cette main-d’oeuvre à l’Esplanade. Pour les quais, rien de tel n’a été conservé, peut être les entrepreneurs avaient-ils une équipe stable ou étaient-ils chargés de tenir ces registres? Concernant l’exécution de nos ouvrages, il reste  les devis pour les murs de soutien et pour une maison, quelques toisés et un faible nombre de mémoires rédigés par les entrepreneurs à propos des contraintes concernant les matériaux ou des inondations.

   Nous venons de voir quelques aspects de ce programme, qui donnent une idée de l'organisation d'un chantier public dans une ville française de province, au XVIIIe siècle, même si n'avons fait ici qu'effleurer la procédure des acquisitions, qui représentait un problème constant dans les aménagements urbains sous l'Ancien Régime. 


TABLE DES FONDS ET DEPENSES POUR LES OUVRAGES DES QUAIS 1764-1788
 
Les chiffres sont tirés des Sessions Parlementaires si rien d'autre n'est indiqué


a.    Fonds

Fonds de la ville sous forme d'imposition annuelle:

1764                            Ouvrages conservation du Pont
                                   quai de la Daurade                                           20.000
1765-66                        Quai 30.000/an                                               60.000
1767                            Quai (canal + 10.000)                                      28.000
1768                            Quai                                                                 30.000
1769-76                        fonds annuel 36.000                                       252.000
1777-81                        fonds annuel 60.000                                       300.000
1782-87                        fonds commun avec ouvrages Saint-Cyprien
                                   école de chimie... 60.000/an                             420.000
                                                                                                       = 1.060.000

Fonds accordés par le Roi:
24 mars 1771 emprunt par arrêt du conseil d'état du Roi
pour le canal et l'acquisition des maisons pour les quais
de 60.750 / an pendant trois ans[1]                                                         182.250

14 mars 1777 emprunt par arrêt de Conseil d'état du Roi
pour l'acquisition des maisons pour les quais[2]                                      130.000

1777-1789 don/emprunt sur la remise annuelle de 50.000 / an
faite par Sa Majesté sur la dernière crue du sel                                     650.000
                                                                                                            = 962.250


Fonds par la vente des matériaux des maisons démolies:

1764-76                                                                                              13.602
1777                                                                                                     7.215
1778                                                                                                     3.765
1779                                                                                                     1.670
1781                                                                                                     2.943
                                                                                                         = 29.195

                                                           fonds totale:                         2.051.195 livres

b.    Dépenses

murs de soutien, ports, pavés...                                                                    1.217.928
façades                                                                                                               94.170
indemnités                                                                                                        103.135
acquisitions                                                                                                       605.896
somme total d'ouvrages[3]                                                                                495.203
                                                           dépenses totale:                                2.516.296 livres



NOTES


[1] Arrest du Conseil d'état du Roi 24 mars 1771, ADHG doc C 38
[2] Recueil de édits, déclarations
[3] les frais de 1783, 1784 et 1787 sont marqués en 'bloc'


[1] Ce recueil est conservé à la réserve de la bibliothèque municipale de Toulouse et le fond régional dispose d'une reproduction en noir et blanc, les planches donnant les élévations des différents quais ont été reproduits dans Toulouse, les délices de l'imitation
[2] voir les études sur Louis Mondran faits par Georges Costa
[3] § 3 du mémoire de la délibération du 23 février 1764, cf. ADHG doc. C 339
[4] voir les sessions parlementaires du 19 janvier 1765, ADHG doc. 2408 pp. 108-109
[5] voir les sessions parlementaires 1766, ADHG doc. 2409, p. 100
[6] cf. ADHG doc. C 2409
[7] voir Mondran réflexions d'un citoyen sur les avantages du quay projeté par les Etats de la Province de Languedoc
[8] Mémoire contenant les motifs pour lesquels le parlement a servis à l'enregistrement des lettres patentes du 25 juin 1768...manuscrit de 16 feuilles, voir ADHG doc. C 339
[9] Plusieurs exemplaires de ce mémoire imprimé de 12 p. sont conservés aux archives départementales 102 H 99 et C 339
[10] ADHG do. C 24 13 p. 295
[11] Arrêt du conseil d'état du Roi, 14 mars 1777, ADHG doc. C 44
[12] Mesuret mentionne un tableau à la préfecture, l’ancien archevêché, représentant Lomenie de Brienne[12] avec un plan des nouveaux quais
[13] ADHG doc C 331
[14] ADHG C 339
[15] Mondran était collègue avec Tourny
[16] Sessions Parlementaires janvier 1771, p. 295, ADHG doc C 2413
[17] voir ADHG doc 2414
[18] Sessions Parlementaires décembre 1776, ADHG doc C 2419
[19] Denisart cit. t II 1806 V° Architecte p. 84, cité par Harouel dans les embellissements....p. 117
[20] Marquis Le génie de l'état, p. 26
[21] Nul ne pourra prétendre à entreprendre lesd. ouvrages qu’il ne soit une personne de l’art et qu’il n’aye réunis la veille de l’adjudication un état de ses cautions bonnes et favorables en faveur de qui seront passés les Baux ne pourront se donner des associés ni soutraiter les ouvrages sans l'agrément de la Province sous peine de nulité et de restitution de Bénéfice qu’il auraient pû faire par le soutraité.
Ils seront tenus d’élire un Domicile à Toulouse et de résider sur l’ouvrage ou de tenir des régisseurs approuvés du Directeur auquel il sera toujours loisible de les renvoyer s’il n’en etoit pas contems et dans ce cas les entrepreneurs seront tenus de lui en fournir des nouveaux toujours sous la même condition cette clause aura aussi lieu pour les maîtres maçons, charpentiers, appareilleurs et autres principaux ouvriers qui doivent être agrées du Directeur et qui seront remplacés par d’autres toutes les fois qu’il ne sera pas contems de ceux qu’on y mettra
, Saget devis pour la continuation des travaux du quai de la Daurade, art. 20, ADHG doc C 340
[22] voir ADHG doc C 340
[23] Sessions Parlementaires 7/12 1772, p.185, ADHG doc C 2415
[24] voir F. Boussat, Projet d'embellissement pour le faubourg St Cyprien, maîtrise d'histoire de l'art, UTM 1996
[25] en février 1778 le salaire pour les journaliers étaient de 10 sols/ jour pour les hommes et de 6 sols/ la journée pour les femmes et les enfants, AM doc BB 124
[26] L. de Mondran, Memoires pour servir..., deuxième cahier, p. 21
[27][27] Pierre Barthès, Heures perdues,  décembre 1752, p. 310
















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